Une certaine idée du voyage
par Thibaud Perdrix
En 2009, je naviguais en voilier dans l’archipel des San Blas avec deux amis. L’un d’eux vivait à Cartagena. À l’époque, la Colombie me faisait rêver pour une raison assez simple : il y avait encore beaucoup à faire.
Le pays commençait à peine à s’ouvrir au tourisme. Sur la carte du ministère des Affaires étrangères, une grande partie du territoire était encore en rouge, « formellement déconseillée aux voyageurs ». La Colombie restait un pays lointain, difficile d’accès, dont on connaissait surtout l’histoire récente.
Un soir, sur le bateau, mon ami me parle d’une agence qui cherche des guides pour accompagner ses premiers voyageurs.
Je prends le contact.
Quelques semaines plus tard, je suis engagé.
Mon histoire avec la Colombie commence ainsi.
Je m’installe à Cartagena et commence à parcourir le pays. J’apprends son histoire, sa géopolitique complexe, ses populations précolombiennes et leurs façons d’habiter le territoire. Je m’intéresse à sa faune, sa flore, ses cultures, sa cuisine.

J’aime partager tout cela.
Mais j’apprends aussi à prendre soin des voyageurs. À comprendre leurs attentes, à trouver le bon rythme, à être attentif aux détails qui peuvent changer pour eux une journée.
Puis je rencontre María Julia. Elle deviendra ma femme, la mère de nos trois filles et, quelques années plus tard, mon associée dans Tempo.
Pendant toutes ces années, d’autres liens se construisent.
Je suis musicien. Je joue de la guitare, je chante, je fais des percussions. Cela me rapproche naturellement des musiciens colombiens : chanteurs de vallenato ou de bullerengue, pianistes de salsa…
Ma mère est sculpteur. Je connais le monde des artistes et me lie avec des peintres, des designers. Les reportages que je réalise m’ouvrent les portes de la presse, auprès de journalistes, photographes et grands reporters.
Plus je reste en Colombie, plus j’ai envie de comprendre ce qui la compose : son histoire, ses contradictions, ses cultures afro-descendantes et indigènes, ses héritages espagnols, libanais et syriens, sa musique, sa cuisine, ses artistes.
Peu à peu, ces rencontres deviennent des amitiés. Et ces amitiés forment un réseau.
Un musicien, un chef, un chorégraphe, un designer, un artiste, un photographe, un journaliste. Des personnes qui portent chacune une part de cette culture vivante colombienne, parfois sans même en avoir conscience.
C’est avec elles que nous avons créé Tempo.
Lors de nos repérages, notre boussole est : la beauté et la vérité de la Colombie.
Un chef qui travaille depuis des années les produits de son territoire. Un musicien qui connaît l’histoire d’un rythme. Un artiste dont le travail raconte une partie de la Colombie.
Notre rôle est alors simple : ouvrir ces portes et partager ces liens.
Mais un voyage ne se résume pas à ce que l’on voit.
Il accompagne parfois un moment particulier d’une vie : un mariage, un anniversaire, une promotion, un départ à la retraite, une recherche d’origines. On change de décennie, de métier, de rythme. Le voyage peut accompagner ces passages, consciemment ou non.
Nos voyageurs nous confient alors bien plus que l’organisation de leur séjour.
Ils nous confient leur temps et, avec lui, une partie de leurs souvenirs.
Prendre soin de cela est devenu essentiel pour nous.
Je crois aussi que le voyage est l’un des meilleurs exercices pour apprendre, ou réapprendre, à s’émerveiller.
Une nuit auprès d’une communauté arhuaca dans la Sierra Nevada.
Le silence d’une église à Barichara ou à Cartagena.
La mer aux sept couleurs de Providencia.
Un lever de soleil sur les páramos du Quindío.

Loin de nos habitudes, nous regardons autrement. Nous écoutons davantage. Nous goûtons différemment. Nous donnons plus de place à ce qui nous entoure.
La Colombie m’a appris à regarder ainsi.
Tempo est né de l’envie de partager ce regard, d’ouvrir ces portes, de mettre nos réseaux à disposition et de prendre soin de ceux qui nous confient leur voyage.
Nous n’avons pas de définition figée du voyage.
Simplement une conviction : chercher la beauté et la vérité de la Colombie, et offrir à nos voyageurs la possibilité de poser, eux aussi, un regard singulier sur ce pays.


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